mardi 19 juillet 2011

Journal de bord, 16 et 17 juillet



Jour 24, de Iskut à Bell 2
155 km. 1374m de gain d'élévation


Jour 25, de Bell 2 à Stewart
155 km. 1232m de gain d'élévation










Je prend une journée de congé aujourd'hui (le 18 juillet). Je suis arrivé hier en fin de journée à Stewart, une minuscule ville au bout d'un fjord. Je vais en profiter pour me rattraper dans le blogue, faire du lavage, me reposer et faire du tourisme "normal". Je me suis installé au Ripley Creek Inn, un super bel hôtel sur le bord de la mer où les chambres sont reparties dans 5 vieux bâtiments rescapés de la ruée vers l'or, à l'époque où la ville comptait plus de 5000 habitants, alors quelle n'en compte plus que 430 maintenant.
Parmi mes projets touristiques pour la journée, je vais me rendre au village voisin de Hyder, qui est situé en Alaska. En effet, l'Alaska comprend une grande bande qui descend le long de la côte de la Colombie-Britannique. En anglais, ils appellent ça un "panhandle", un manche de poêlon. À Hyder, il y a une rivière à saumon et on peut y voir des grizzlis en train de se bourrer la face, comme on voit à Découvertes. On me dit que le saumon n'a pas encore commencé a remonter les rivières, on l'attend d'un jour l'autre. Je vais aller tenter ma chance.
Autre projet pour aujourd'hui, l'hôtel a un ordinateur public qui semble facile à trafiquer, je vais en profiter pour télécharger des photos à partir de mon autre appareil photo.
Pont en grillage à 100 m au dessus d'une rivière. Gulp...

Résumé des deux dernières journées de route.

Les deux journées précédentes, j'ai surtout roulé. 310 km en deux jours en terrain montagneux. Beaucoup de côtes et 8 heures par jour en selle. Raison de plus pour prendre une journée de congé.

Il a plu le matin de la première journée, mais la température a été excellente le reste du temps, à l'exception du vent hier après-midi. Comme je l'ai mentionné, la ville de Stewart est située au bout d'un long Fjord et pour s'y rendre, on doit quitter le Cassiar Highway et suivre une route de 65 km qui y mène. Évidemment, la route part des montagnes et doit descendre au niveau de la mer. La route se termine par une longue pente descendante d'une vingtaine de kilomètres, que je vais hélas devoir remonter pour revenir à la route principale. Mon plaisir à été gâché hier par un fort vent qui remontait du fjord et s'engouffrait entre les deux chaînes de montagnes. Le vent soufflait à 25-30 km/h avec des rafales à 40 km/h. J'ai même failli être renversé par une bourrasque. Bref, c'est pas drôle de forcer en descendant une côte; j'espère juste que le vent va souffler aussi fort demain matin pour m'aider à remonter.

Quand j'ai commencé à rouler avant hier, le ciel était gris, il pleuvait, les paysages étaient mornes et les quelques montagnes étaient couvertes de brouillard. J'ai eu un coup de spleen. qui a duré quelques heures. Je me disait que c'était donc plate la Colombie-Britannique. Mais finalement, quand le ciel s'est dégagé, je me suis souvenu pourquoi j'étais venu rouler ici!

J'ai rencontré à nouveau Donny et Sarah, qui, la veille, avaient poussé un peu plus loin que moi. On a encore jasé une grosse demi-heure sur le bord de la route. Après avoir lu leur blogue, j'ai réalisé qu'ils avaient vécu beaucoup d'expériences similaires aux miennes et rencontré les mêmes personnes, dont entre autres le clone de Moïse Thériault, qui leur a d'ailleurs laissé la même impression. Parmi les questions en commun, il nous a demandé "Do you think I can get a grilled cheese in Mexico?". Oui, ça s'appelle un quesadilla sans poulet.

Au fur et à mesure que je descend vers le sud, je remarque plusieurs choses. Le changement le plus appréciable est l'évolution de la végétation. En Alaska, j'ai traversé des forêts d'épinettes noires et aussi, des grands pans de toundra dénudée, surtout sur le Denali Highway. Au Yukon, encore la taïga avec des océans d'épinettes noires. Ceux qui ont déjà pris la route 138 au delà de Baie-Comeau savent de quoi je parle. Depuis que je suis entré en Colombie Britannique, les forêts contiennent de plus en plus de feuillus. Au début, c'était surtout des trembles, mais je vois aussi des bouleaux depuis quelques jours. J'ai traversé aussi de grandes forêts de sapins Douglas, qui feraient certainement saliver Guy Chevrette.
Autre changement, depuis que je file plein sud, les journées raccourcissent de 20 minutes à chaque jour. Alors qu'à Fairbanks, le jour durait 22 heures, ici il dure 17 heures. Ça veut aussi dire qu'il fait noir la nuit!
Dernier changement notable: de l'asphalte! Depuis deux jours la route est pavée avec de l'asphalte plutôt que du macadam. Le macadam, qu'ils appellent du "chipseal" ici, est fait en vaporisant du bitume chaud sur la surface de base et en recouvrant le bitume d'une couche de gravier fin. C'est souvent la seule solution quand il n'y a pas d'usine d'asphalte à proximité. Le résultat est une surface assez inégale qui cause beaucoup de vibrations et qui ralentit un peu le vélo. Depuis deux jours, je roule de plus en plus sur des surfaces asphaltées belles et lisses. J'ai même augmenté la pression dans mes pneus pour diminuer la résistance au roulement (j'avais baissé la pression pour affronter les mauvaises routes). Ça prend pas grand chose des fois pour faire plaisir à un cycliste.

En plus de Donny et Sarah, j'ai rencontré deux autres cyclistes. Dans un premier temps, j'ai rencontré Klaus, un allemand de Cologne qui roule sur un vélo hollandais en acier vieux de 30 ans qui pèse 20kg tout nu! En plus, il traîne un chariot plein. Le lendemain, j'ai rencontré Julian, de l'Angleterre. Quand j'ai demandé à Julian ce qu'il faisait dans la vie, il m'a répondu: "I do this"! Il est sur la route depuis plusieurs années et n'a pas eu un pied à terre depuis au moins 10 ans. Assez zen.

J'ai aussi rencontré un couple de Camrose en Alberta (mais pas en vélo). Eux arrivaient d'un petite communauté nommée Telegraph Creek et avaient acheté du saumon séché des autochtones locaux. J'ai eu droit à un morceau. Un espèce de jerky, mais fait avec du poisson. Délicieux!

Evénement notable: je suis arrivé à un endroit où un camion s'était renversé dans le fossé quelques heures plus tôt. J'ai aussitôt eu une pensée pour mon fantasme de la veille, dans lequel une carcasse boucanait dans un fossé. Heureusement que je ne crois pas au karma, je me serais senti coupable!!!

Ce qui m'a fasciné, c'est qu'au moment où je suis passé, ils n'étaient pas en train de s'occuper ni du camion, ni même des chauffeurs, mais plutôt de la cargaison, qui consistait en des sacs contenant une sorte de minerai. Il y avait même un garde de sécurité pour surveiller les sacs. Quand j'ai demandé au garde ce que les sacs contenaient, il a hésité un moment et m'a répondu: du charbon... Ouais, mettons que c'était du charbon.
On voit d'ailleurs que l'industrie des mines est très importante ici. Quand l'or est rendu à 1600$ l'once, rien n'est trop beau. Je rencontre des équipes d'exploration dont le seul mandat est de faire des forages dans la forêt pour savoir si ça vaudrait la peine de creuser un mine. Ce sont des équipes de 15-20 personnes, ils sont toujours équipés des plus gros camions les plus neufs et ils ont souvent un ou deux hélicoptères à leur disposition 24 heures par jour. J'ai su que ça coûtait 33$/minute pour opérer un hélicoptère (oui, oui, j'ai bien dit par minute). Et tout ça pour explorer, même pas pour exploiter!

Autre truc intéressant depuis quelques jours: C'est le festival des ours. J'en vois beaucoup plus sur le bord de la route. Heureusement, ce sont surtout des ours noirs. Typiquement, on se voit mutuellement à la dernière minute, on sursaute tous les deux et on continue notre chemin comme de rien. Par contre, il arrive quelques fois que l'ours est en plein milieu de la route et qu'il ne veut pas bouger. J'ai beau faire du bruit, chanter, rien n'y fait. Dans ces moments, je dois attendre que l'ours se tanne ou qu'un véhicule arrive. J'ai même réussi à prendre une photo avec mon iPhone:
Ours noir (les grizzlis ont une bosse au dessus des épaules)
Autres belles photos de paysages:




En fin de journée hier, j'ai pris le tournant vers Stewart. Comme je l'ai déjà mentionné, j'ai eu un bon vent de face, mais au moins, ça en valait la peine. À un certain moment, la route longe une série de montagnes d'où coulent une multitude de glaciers, tous connectés au même champ de glace. À un endroit, la seule chose chose qui sépare la route du "Bear Glacier" est un lac.



Le Bear Glacier



À cet endroit, il y a une pancarte sur le bord de la route qui dit "Avalanche Risk (year round)"

Centre-ville de Stewart, BC

Note: J'ai eu plusieurs problèmes avec ce billet. Je l'ai commencé sur mon iPhone, mais comme l'hôtel a un ordinateur, j'ai décidé de le poursuivre sur l'ordi en question. Malheureusement, un panne d'électricité a affecté la ville en plein milieu de ma rédaction et j'ai du en recommencer la moitié ce matin. La chronologie va probablement en souffrir un peu.

J'avais aussi prévu mettre en ligne des photos prises avec mon vrai appareil photo, mais encore, la panne d'électricité m'a joué un tour. Donc, à suivre.

Finalement, je met ce billet en ligne le matin du 19. Au programme ce matin, je remonte la grande côte vers le Cassiar Highway. Il pleut des cordes ce matin, ça va être chouette comme retour en selle.



samedi 16 juillet 2011

Journal de bord, 15 juillet / Log book July 15

Jour 23. Dease Lake - Iskut
86km. 791m de gain d'élévation

Exceptionally, my blog intro will be in English today. I'll explain why soon.

This morning, I got back on the road around 8am. The sky is low and gray, but it's not raining. Somewhat cold and not windy. At breakfast, I talk to a couple who's driving south and we talk about the construction we both encountered yesterday. They tell me they drove north a few weeks ago and this should be the last roadwork I encounter on the rest on the Cassiar Highway. How come I still don't know not to trust the advice of motorists?

So I start riding south and soon after I leave town, the rain starts. I pull over to gear up and get back to pedaling. Last night, I had looked up the road profile online and I knew there would be a major hill to climb to start the day. Not long after, I get to the bottom of the hill and I start climbing. The GPS shows an elevation of 750m when I start climbing. The climb will hardly let up until I reach the summit at around 1250m. A good climb indeed.
Not too long after the hill starts, I see the sign announcing roadwork (the same roadwork that isn't supposed to be there according to the couple at breakfast). This one is quite bad. It's 3km long. It's all uphill at 8%. But the worst part is the state of the surface. It's not dirt or gravel. It's rocks. Big rocks. Up to 4" in size. And, there's no pilot truck. For my Montreal friends, it like climbing Camilien-Houde on Mont Royal, but if the pavement was covered with rocks.





I manage to climb the whole thing at a breakneck speed of 7km/h. Soon after the end of the roadwork, I see 2 familiar silhouettes on top of a hill. Cyclists! The first ones in days. I manage to catch up to one and soon after, all 3 of us are chatting on the side of the road. They are Sarah and Donny from Portland OR. And they are YMCHTAs (Yet More Cyclists Heading To Argentina). They're actually the first YMCHTAs I meet that are not Europeans. They are the nicest couple and we end up talking in the rain for close to 30 minutes.
When you tour on a bike, most cyclists you meet are going in the opposite direction. Since we all tend to travel at more or less the same rate, you don't meet many heading in the same direction. It's interesting to exchange about experiences we both had.
They also maintain a travel blog which I spent a good part of my afternoon browsing. I suggest you read it. They have taken a very similar route to mine, but they seem to be less obsessed with pictures of mountains than I am. Their web site: Spoken2ThePoint. BTW, that's the reason for the partial English post. Since we exchanged blog addresses, I figured they should at least read this part without google translate.

Sarah and Donny: if you read this, it was great meeting you. Safe travels to Argentina.

We now go back to our regular (i.e. French) program.

Après s'être quittés, je pars à l'avant et non longtemps après, j'atteint le premier sommet de la journée.





S'ensuit ensuite un long plateau parsemés de marécages et où des pancartes annoncent du bétail sur la route. Apparemment, le bétail ne sait pas lire car il brille par son absence. Le plateau commence tranquillement à descendre en pente douce jusqu'à ce que j'arrive à cette pancarte:





Wouhou! Ça va être du sport! J'en profite d'ailleurs pour suivre la recommandation et je ressers mon frein arrière, qui était devenu mou depuis quelques jours. En passant, j'adore les freins à disque sur un vélo de cycle-tourisme. C'est grandement supérieur.
La route descend en effet pendant 6 km et j'atteint par endroit des vitesses de 65 km/h. C'est d'ailleurs pendant une de ces pointes de vitesse qu'un imbécile au volant d'un immense motorisé décide de me dépasser dans une courbe. Il n'aurait quand même pas fallu qu'il attende à un endroit sécuritaire pour me dépasser! Ça aurait pu le retarder de 30 secondes dans sa journée. Les gens sont pressés en vacances! J'ai une brève vision d'une carcasse métallique fumante dans le fond d'un fossé et c'est assez pour me remonter le moral.

Arrivé en bas de la pente, je traverse le pont de la rivière Stikine qui coule au fond d'un canyon. Tout de suite après, la route remonte vers le haut du canyon. La paroi est tellement à pic que la route comprend même des lacets!





Deuxième longue montée de la journée, mais celle-ci est moins longue que la première. Arrivé en haut, je m'arrête à une halte routière et je jase avec un couple de retraités de Saint-Constant qui voyagent en Safari-Condo. La route continue à monter pendant une centaine de mètres en pente douce pour finalement atteindre un deuxième sommet à 1100 m. Ensuite, c'est la descente vers le village de Iskut. La finale est une côte qui descend sur 3-4 km à 8%. J'atteint la vitesse de 70 km/h pendant la descente!





Au village, une petite épicerie et 2 motels. Selon mon principe d'alternance, je devrais faire du camping, mais il pleut pis ça me tente pas! Maudite bonne raison, non?
Pendant une accalmie, je vais prendre une marche au bord du lac et la chienne résidante du motel m'accompagne. Ça me rappelle une auberge (Spitall of Glenshee) où on avait arrêté dans les Highland en Écosse et où le chien en résidence accompagnait systématiquement tous les touristes qui partaient en randonnée.




















Projet ambitieux demain: 150km pour me rendre aux alentours du Bell II Lodge. On verra.

vendredi 15 juillet 2011

Journal de bord, 13 et 14 juillet

Jour 21. Jonction route 37 - Boya Lake
91km. 459m de gain d'élévation.

Dès mon départ ce matin, je me dirige plein sud en Colombie-Britannique et très tôt, je découvre certains des charmes et des inconvénients de ma nouvelle route.







Première constatation, il y a beaucoup moins de trafic. Moins de motorisés, particulièrement les plus gros mastodontes et surtout moins de poids lourds. J'en compte quatre seulement dans les 3 premières heures.
Parmi les inconvénients, la route est beaucoup moins large et elle n'est pas marquée. Il n'y a donc pas vraiment d'accotement, mais il y a tellement peu de trafic qui roule moins vite que ce n'est pas vraiment un problème.
Autre inconvénient: on a dépensé beaucoup moins d'argent pour construire cette route que le Alaska Highway. On a donc déplacé beaucoup moins de sol pour aplanir la route et le profil est en conséquence. Alors que sur le Alaska Highway, on retrouverait de longues pentes égales, ici, la route épouse plus le profil original du sol. Il s'en résulte une série de plus petites collines et toute la journée, c'est monte et descend, en succession rapide. Les pentes sont aussi plus à pic. Je rencontre régulièrement des pentes à 11-12%, alors que précédemment, je rencontrais au plus du 7-8%.














Mais les paysages sont toujours aussi beau. Au bout d'une vingtaine de kilomètres, j'arrive à la forêt qui a brulé l'année dernière. J'avais déjà traversé des forêts qui avaient brulées auparavant, mais jamais aussi récemment. Les arbres sont encore tous noircis et le sol est tellement calciné, il n'y a aucune végétation. Pas de plantes, pas de mousse. On marche directement sur le sable. Par endroit, c'est très sombre comme vision, bien que ce soit très spectaculaire en même temps.





















Je traverserai cette forêt pendant près de 30km et tout au long, je verrai les véhicules stationnés, des cueilleurs de morilles. À quelques reprises, il y a des espèces de campement de fortunes composés d'abris tempo, de vieilles tentes, de poêles à bois, le tout couronné d'un écriteau "Mushroom Buyer". J'apprend d'un de ceux-ci que certaines personnes passent 2 mois d'été dans le bois, à faire le commerce des champignons et plus tard, de petits fruits sauvages.

J'ai aussi droit à une autre rencontre avec un grizzli. Celui-ci est seul et je ne le vois qu'à la dernière minute. Je passe à moins de 5 mètres de lui pendant qu'il me contemple avec une indifférence totale.
L'acheteur de champignons m'a d'ailleurs prévenu: dans les brulis récents, les ours trouvent moins à se nourrir. Il me dit de me méfier surtout des ours malingres, qui sont plus dangereux. Celui que je rencontre est gras et rond, presque jovial.

Après m'être arrêté à une halte routière, je repars et sous-estime la largeur de mon vélo en passant près d'un garde de béton. Résultat: ma sacoche avant accroche le garde, je perde mon guidon et chute, en me recevant sur les genoux. Deux genoux en sang. Heureusement qu'il ne reste qu'une dizaine de kilomètres avant ma destination. Je me lave sommairement les genoux et repars. Rendu au campement, un bon nettoyage et du désinfectant, c'est finalement moins pire que ça paraissait. Je ne serai pas obligé de m'amputer avec le tire-bouchon de mon couteau suisse.

Le camping du lac Boya est sobre, mais le lac est superbe. C'est un de ces lacs alimentés par de l'eau de glacier et dont les particules en suspend reflètent la lumière, transformant la surface de l'eau en une grande surface verte lorsque le soleil brille. Pensez au lac Moraine ou au lac Peyto, dans les rocheuses.














Sur le quai, je rencontre trois cueilleurs de champignons venus prendre un après-midi de congé au bord du lac. Il faut dire qu'il fait particulièrement chaud, autour de 27 degrés. Je me laisse tenter et saute à l'eau moi aussi. C'est pas très chaud - j'ai déjà mentionné l'eau de glacier - mais comme on dit, une fois saucé...

Comme il est très tôt dans la journée, je passe le reste de la journée à faire une sieste, à marcher le long du lac et à lire un peu. J'ai le même roman avec moi depuis le début du voyage et j'ai à peine lu 130 pages.

Juste comme je m'installe après mon souper pour rédiger mon journal, un gros orage violent éclate et je suis confiné à ma tente pour le terminer.

Demain, jeudi, j'espère me rendre jusqu'à Dease Lake, un petit bled avec des services. Il s'agit quand même d'une distance appréciable de 150km et les gens à qui je parle me préviennent tous à propos d'un chantier de reconstruction de la route qui durerait jusqu'à 78km, sections en gravier inclus. Au pire, je prend 2 jours pour m'y rendre, en autant que j'y suis avant vendredi 17h, car j'ai un paquet de nourriture qui m'attend au bureau de poste.

=========================

Jour 22. Boya Lake - Dease Lake.
140 km. 975m de gain d'élévation.

Ouf! Surement une de mes meilleures journées, combinant distance, montagnes et chaussée difficile.

Ce matin, je me lève tôt et bien qu'il n'ait pas plu de la nuit, tout mon campement est détrempé de l'orage de la veille. J'ai entre autres découvert un défaut de conception avec ma tente qui fait que la toile de sol est un tantinet plus grande que la tente elle-même. Un tantinet, c'est tout ce que ça prend pour se retrouver avec une mini-piscine en dessous de la tente. À rectifier à la prochaine installation, si un jour je réussi à la faire sécher!

Mais le temps est quand même agréable. Un beau soleil avec des nuages épars. Apres déjeuner, je commence à rouler. Le terrain de camping est situé à environ 2km de la route. Je ne suis même pas rendu à la route qu'une averse débute. Long soupir. Imper, etc. Finalement, la pluie dure environ 30 minutes et le reste de la journée, la température sera généralement ensoleillée et juste un peu moins chaud que la veille.




























Au départ, j'ai comme ambition de me rendre à Dease Lake, située à 150km. Ça me semble un peu fort, mais je suis vaguement optimiste. La pluie n'affecte pas mon optimisme, mais pas très loin, cette pancarte le menace sérieusement:






La photo n'est pas très claire, mais ça dit "Construction ahead next 84km". Le seul chantier à proprement parler est à 72km plus loin, mais tout au long de la route, de grandes sections ont été travaillées avec de l'équipement lourd. Je me retrouve donc à traverser de longues sections couvertes de gravier, comme j'avais déjà rencontrées au Yukon. Je remarque que les automobilistes sont particulièrement sans-cœur pour ce qui est de ne pas ralentir. Je renouvelle mon répertoire d'insultes et de jurons bien choisis. Contrairement à ce qu'un autre cycliste m'a dit faire, je ne répond pas en lançant moi-même des pierres dans les pare-brises des voitures qui ne ralentissent pas. Mais c'est quand même pas l'envie qui manque parfois, surtout quand les sauvages ne ralentissent pas mais qu'ils t'envoient quand même la main avec un gros sourire.

En chemin, j'arrête aussi à Jade City, un regroupement de quelques boutiques qui vendent des articles de jade travaillés sur place. On m'y apprend que plus de 90% du jade mondial est extrait de la région. C'est drôle, il me semble que j'avais entendu la même chose en Chine et aussi ailleurs en Europe. C'est combien 3 x 90% de la production mondiale déjà?

La route elle-même doit passer d'une vallée à une autre. Je dois donc franchir un col solide pour ce faire et la montée s'éternise pendant un vingtaine de kilomètres. Monte de 50m, descend de 20, remonte de 40, descend de 50. Quand j'arrive au sommet du col, mon GPS m'informe que j'ai monté l'équivalent de 2 fois la hauteur du col. À 11h30, je roule depuis plus de 3.5 heures et j'ai à peine franchi 50km. Je révise constamment mes ambitions à la baisse.

Mais j'arrive finalement de l'autre côté du col et j'ai droit à une longue descente. En chemin, j'ai une pensée pour la responsable du camping qui, la veille, m'a dit: "The road to Dease Lake is mostly flat and generally downhill". Jusqu'à maintenant, à chaque fois qu'on m'a dit ça, j'ai rencontré les pires côtes. Les automobilistes n'ont pas du tout la même perception du relief qu'un cycliste.















Plus tard, j'arrive au chantier proprement dit. Un signaleur me dit de me mettre en attente car le trafic doit circuler en simple file tout au long du chantier. De plus, les véhicules doivent suivre un camion de tête ("a pilot car"). Je m'attend à ce que, comme au Yukon, on me dise de monter à bord du véhicule de tête pour traverser le chantier. Le signaleur me dit que non, car le camion utilisé aujourd'hui est plein de pancartes et que ce serait trop de trouble de les enlever. Je m'informe sur les conditions du chantier: 12km, machinerie lourde, équipement pour faire fondre le vieux macadam, bitume chauffé projeté par un camion. Hmmm, beau programme. J'insiste. Peut-être que je pourrais aider à débarquer les pancartes du camion? J'essaie même par une voie déviée: vous êtes sur que vos assurances vous couvrent si vous laissez des cyclistes circuler sur votre chantier? Pas de chance.
Comme j'ai pas envie de jouer au héros pour prouver quelque chose, je me tourne vers un automobiliste qui attend en file. Il est seul et conduit une énorme camionnette qui tire une immense remorque. Je lui explique la situation et 30 secondes plus tard, le vélo est dans le camion. C'est un américain et j'ai droit à son petit discours me disant qu'on verrait pas ça en Alaska et que le Canada fait tiers-monde des fois. Même s'il a un peu raison, j'ai pas non plus envie de me lancer dans un grand débat avec mon bon samaritain. Pour changer de sujet, le moyen le plus efficace avec les ex-militaires américains dans la soixantaine: "So, were you in Vietnam?". Parfait, on a changé de sujet et 12 km plus loin, il me dépose avec tout mon bardas et je suis prêt à poursuivre ma route.
Il me reste alors une quarantaine de kilomètres. Arrivé près de Dease Lake (le lac lui même, pas la ville), un chantier plus modeste où on retravaille les fossés. Je jase avec le premiers signaleur et j'apprend qu'il est de Prévost (il dit Shawbridge)! Le deuxième signaleur me dit qu'il ne me reste que 30km avant d'arriver à la ville. Il ajoute aussi: "It's mostly flat to there". Ahhh non. Comme de fait, la route, au lieu de longer le lac, grimpe presqu'au sommet de la montagne voisine et je me tape une grimpe supplémentaire de 300m.
J'arrive enfin à la ville et je me présente au bureau de poste à 16h55. Mon paquet est arrivé dans l'après-midi! Quelle chance.

Je n'ai pas rencontré de cyclistes depuis au moins 3-4 jours. Par contre, aujourd'hui, j'ai vu un mouflon sur le bord de la route, mais il a refusé de prendre la pose pendant que je prenais une photo et a préféré se sauver en me voyant. J'ai aussi croisé un renard roux qui traversait la route nonchalamment. J'adore comment les renards font toujours semblant de ne pas nous voir et même de nous ignorer. J'ai pu passer à peine à un mètre de lui sans qu'il bronche. De bonne photos avec l'autre appareil. Pas d'ours aujourd'hui.

Demain, je vais viser Iskut, un petit village à une centaine de kilomètres d'ici. Même les automobilistes m'ont dit que la route montait. Je m'attend à un mur.

Note: oh non, ma mère lit mon blogue. Heureusement que je n'ai pas parlé des herbes médicinales qu'un amérindien a bien voulu partager avec moi hier pour aider à supporter la douleur dans mon genou. Oops ;-)

Merci Mathieu pour les MàJ. On parle pas souvent de Ryder, ça doit pas aller bien pour lui. Abandon?

Merci aussi à tout le monde pour vos commentaires positifs. J'apprécie beaucoup.








mercredi 13 juillet 2011

Journal de bord, 12 juillet

Jour 20. Rancheria - Jonction Alaska Highway et route 37.
143 km*. 897 de gain d'élévation.

99km de Rancheria jusqu'à la jonction + 44km pour l'aller-retour vers Watson Lake.

Bon, aujourd'hui, je commence avec une promesse. Je ne me plaindrai de rien dans mon blogue car la journée a été parfaite.
Pas de pluie, même pas de nuages. Il a fait jusqu'à 26 degrés. Pas vraiment de vent. La route était belle, le vélo va bien et mon dos semble s'être remis en état. Des robaxacets hier soir et un bon matelas dur semblent avoir réglé le problème.





Donc, levé tôt et départ autour de 8h. Je prend la route après avoir déjeuné au resto du Lodge. Ben oui, encore des crêpes. Ils font vraiment de bonnes crêpes par ici. Une chance que je brule tout durant la journée. Ça va être dur quand je vais revenir de retourner au muesli et au yogourt 0%.
Dès 8h, la température est agréable et j'enlève des couches très rapidement. Le ciel est absolument impeccable. Pas un seul nuage à 360 degrés. La route longe la rivière Rancheria et bien qu'elle soit valloneuse, elle est généralement descendante pour une bonne partie de la journée. La première heure de route, je dois bien m'arrêter une dizaine de fois pour prendre des photos.















J'avance à un bon rythme et rapidement, j'ai couvert mes premiers 60 km sans aucun effort. Et soudain, surprise, je vois du mouvement du coin de l'oeil dans le fossé. Je ralentis et vois un ourson. Je me met sur mes gardes et réalise soudain qu'il s'agit du ourson grizzli. Mon premier grizzli du voyage! Je m'arrête en plein milieu de la route, sur la ligne jaune et je sors le poivre de cayenne, on sait jamais. En quelques secondes, un autre ourson sort des bois, suivi tout de suite après par la mère. Je sors mon appareil photo (pas le iPhone, le vrai qui a un zoom, donc rien à montrer ici pour le moment) et je réussi à prendre quelques photos floues, dignes d'un reportage sur le monstre du Loch Ness. J'attends un peu et comme ils ne semblent pas agressifs, je me tasse complètement à gauche et poursuit ma route, tout en jetant des regards furtifs dans mon rétroviseur. Ouf, j'ai maintenant perdu ma virginité plantigrade. Bring it on!










Je continue sans autres histoires et arrive finalement à la jonction avec la route 37, que je vais emprunter demain matin vers le sud. J'ai pris une photo de la carte non loin de la jonction:




On voit bien sur la carte le choix que j'ai fait. Je devais me rendre à Prince George de toute façon pour pouvoir poursuivre vers Jasper et les grands parcs des rocheuses. Mon choix initial était de prendre la route à droite sur la carte, entre Watson Lake et Prince George (le Alaska Highway), mais finalement, plein de monde m'ont convaincu de prendre la route à gauche, c'est-à-dire le Cassiar Highway suivi du Yellowhead Highway. D'une façon ou de l'autre, c'est environ la même distance. 1200 km pour le Cassiar, 1400 km pour le Alaska. Mais on me dit que la route est plus spectaculaire, avec plus de glaciers et de faune, et aussi, moins de camions. J'aurais aussi la chance de faire une excursion jusque sur la côte, à Stewart/Hyder, qui parait-il est une très belle ville et la route pour y aller est, semble-t-il, une des plus belles.

Bref, lorsque j'arrive à la jonction, je me trouve une piaule pour la nuit (45$, services inclus: un lit et une porte).




J'y laisse mes bagages et comme je suis encore en bonne forme, je décide de pousser un aller-retour jusqu'à la ville de Watson, qui est située à 22 km de la jonction, donc 44 km aller-retour. La route pour s'y rendre est telle qu'on me l'avait décrite. Ça descend, ensuite ça monte en tabouère, ça descend et finalement, ça remonte en masse. Heureusement que je me suis délaissé de mes bagages, j'aurais été malheureux dans ces côtes. Au retour, ben, c'est pas mal l'inverse.

À Watson Lake, on retrouve le signpost forest, une collection de plus de 65,000 pancartes et écriteaux, glanés de partout dans la monde et installés sur des poteaux. Ce sont les visiteurs qui apportent les pancartes et les installent eux-mêmes.









Apparemment, la tradition aurait débuté pendant la construction du Alaska Highway par un soldat nostalgique. Ce serait la plus grande collection du genre au monde. C'est assez grand pour que je m'y promène en vélo entre les allées.
En parcourant l'ensemble, j'y ai vu quelques pancartes du Québec, dont Saint-Jean, Sainte-Thérèse, Blainville et Laval. Il y en a surement plus, mais bon, j'avais pas vraiment le temps d'examiner 65,000 pancartes en détail.
Je profite de ma visite à Watson Lake pour acheter quelques provisions, surtout des fruits et légumes et du yogourt, qui sont durs à trouver à l'extérieur des villes.

Demain risque d'être une journée mollo. On m'a parlé d'un très beau lac avec camping à 85 km d'ici.

Petite note: j'ai franchi mon kilomètre 2000 aujourd'hui (je suis rendu à 2128 km exactement).
J'ai aussi atteint 11299m de gain d'élévation total. Ça veut pas dire que je commence à avoir de la misère à respirer, c'est juste le cumul de toutes les petites et grandes côtes que j'ai montées jusqu'à maintenant, mises bout à bout (tel que mesuré par mon GPS). J'ai donc grimpé plus que la hauteur totale de l'Everest. Mais bon, réparti sur 20 jours, c'est pas tant que ça.